Dans la pratique pourtant, les choses se sont toujours passées autrement. Certes après chaque dérive, autorités locales et policiers faisaient monter la pression. Mais une fois la vie de nuit reprenait sa routine, le compromis régnait.

Cela se passe ainsi depuis les années 70 lors qu’apparut la première véritable boîte de nuit à Maurice. Sam’s Disco. Un nom devenu culte pour les aventuriers de la nuit. Au début, il y a Sam’s. Ensuite, il y a eu les autres. Et les autres ont marché sur les traces de Sam’s. Soit des activités intenses jusqu’au lever du soleil. Vers quatre ou cinq heures, voire plus tard à l’heure où les derniers adeptes des discos délaissaient bars et pistes de danse pour rentrer chez eux. Cela s’explique aussi par une contrainte pratique. Vers cinq heures, c’est le moment où les premiers autobus lançaient la vie routière.

Au fil des décennies, au fil des ans, cette pratique est entrée dans nos mœurs. Surtout pour ceux qui ne disposent pas d’un mode de transport privé. On attend le transport en commun pour rentrer après une soirée en boîte. Les choses n’ont pas changé surtout pour les jeunes.

Une incursion dans ce monde aux traits particuliers indique clairement que les jeunes considèrent la boîte de nuit comme la sortie en bande la plus branchée qui soit. Il ne s’agit pourtant pas seulement de faire «in». Car, hormis les discothèques, il n’y a pratiquement pas grand-chose à faire la nuit, sinon rien du tout. Alors une sortie en boîte se prépare comme une alchimie rituelle . C’est tout un monde qui s’ouvre aux jeunes et aux moins jeunes. Même si c’est un univers qui se conjugue avec alcool et avec quelques autres excès, c’est aussi un moyen de briser la routine, de surmonter le stress, de se projeter dans la peau de Travolta ou des nouveaux héros du rap et R&B. Ce sont les fondamentaux de la vie de nuit. Ils ne font pas toujours l’unanimité.


Des policiers vindicatifs

Les puritains et les conservateurs se montrent donc volontiers dénigreurs. Ce sont des lieux à haut risque pour les uns, dans les meilleurs des cas, des endroits de débauche pour les autres dans les pires des cas. Pourtant les boîtes de nuit dont on parle ici ne sont pas ceux qui, comme dans des pays occidentaux, accueillent rave party et autres soirées rythmées au coke. Pour les étrangers qu’on rencontre, ce serait même des soirées bon enfant.

 

Bref, il n’y a pas de quoi pavoiser. Sauf que depuis quelque temps, les autorités ont pris la puce. Alors les descentes dans des boîtes de nuit s’enchaînent surtout à Grand-Baie. Qu’en est-il réellement? Il se trouve que, voici quelque temps, des coups de feu auraient été tirés du côté d’une boîte de nuit. Les versions évidemment diffèrent. À l’extérieur de la boîte, dit-on. D’autres rétorquent qu’on n’en saura rien. De la même manière, des bruits courent à l’effet que parce qu’ils auraient été interdits d’accès dans une boîte, des policiers seraient devenus vindicatifs et s’en prendraient désormais aux discothèques en leur faisant respecter l’heure de la fermeture. D’autres versions circulent. On évoque un agenda politique. La région côtière du Nord serait trop «infectée» de ces nuisances que sont les discothèques. En un mot, quelles que soient les époques, les arguments sont les mêmes. Le problème, il est ailleurs.

Les propriétaires de discothèques, jouant la carte de l’apaisement, veulent trouver un terrain d’entente avec les autorités politiques et policières. Il n’est donc nullement question d’antagoniser la police. Celle-ci, affirment les opérateurs, ne fait que son travail. Mais un travail qui est en train de nuire à leur travail à eux. Alors quoi faire ?

Regroupés au sein d’une Association des discothèques, les propriétaires rappellent que leurs activités participent à l’animation de la vie touristique et offrent aux Mauriciens une possibilité de sortie. «C’est un business qui rapporte beaucoup à l’état mais qui contribue aussi à la vie sociale. Nous contribuons à 20 % des chiffres d’affaires des fournisseurs des boissons alcoolisées. Nous payons la TVA en plus. La plupart des DJ des radios sont formés par les discothèques. Beaucoup de contractuels arrondissent leurs fins de mois grâce au secteur. Les taxis et autres petits commerces de nuit vivent des activités autour des boîtes de nuit», explique Ajay Beegoo, président de l’association.

Les opérateurs mettent aussi l’accent sur la contribution à la vie culturelle et artistique. Pascal Hoffman, responsable de la boîte Les Enfants Terribles, insiste que les discothèques proposent une plate-forme aux artistes locaux et régionaux. Des contacts se nouent. Des échanges s’établissent. Antoine Bay, gérant de Stardance, précise que le Nord de l’île est une région très fréquentée par les touristes. Il nous dresse l’itinéraire du touriste durant la nuit. «À l’hôtel, l’animation se termine vers 23 heures-23 h 30. Les touristes qui veulent sortir n’ont que les discothèques comme solution. S’il arrive à minuit ou après, il se serait dérangé que pour une heure ou un peu plus si on doit fermer à deux heures. Pour les Mauriciens, c’est la même chose. Après un dîner au restaurant ou un film, il ne va pas faire tout un trajet rien que pour deux heures», assure Antoine Bay.

Il est aussi vrai que les discothèques accueillent de nombreux groupes. C’est le cas pour les fêtes de fin d’année. On relève les lancements de certains produits. «Surtout les gens font des rencontres. Qu’elles soient sociales ou culturelles, voire pour du business, ces rencontres ne seraient pas possibles autrement», affirme Ajay Beegoo.

Read Full Article